Quelques petites définitions pour partir sur de bonnes bases :

Ecosystème : Un écosystème est formé par un habitat + toutes les espèces vivantes vivant dans cet habitat. Il peut être extrêmement petit, comme une souche d’arbre coupé (ou un seau plein de coquillages oublié au fond du jardin qui grouillerait vite de bebêtes) ou alors être extrêmement grand (l’océan mondial, ou même notre planète entière par exemple…).

Restauration : Au sens strict, la restauration écologique, est “le processus d’assister la régénération d’écosystèmes dégradés, endommagés ou détruits”. En d’autres termes, quand on se rend compte qu’on a bien abîmé un écosystème, on fait ce qu’on peut pour qu’il retrouve son état original. Autant dire que ce n’est pas simple, et que l’idée même qu’il puisse revenir exactement à son état original est débattue, mais ne rentrons pas immédiatement dans des considérations sémantico-philosophiques…

La restauration écologique : exemples et challenges

Préserver, restaurer, remédier, conserver, réhabiliter, réaffecter, … Dans le cadre de la restauration écologique, il existe autant de termes que de stratégies. Les exemples de projets de restauration écologique sont nombreux : en France, on pourrait mentionner la Plaine de la Crau ou les marais atlantiques, et dans le reste du monde les barrières de corail de Floride ou encore les nombreux projets du parc National de Yosemite, également aux Etats-Unis.

Mais encore faut-il qu’une restauration écologique soit possible…

Si on faisait un peu de logistique ? Admettons qu’à force de construire des paillotes et des boîtes de nuit éphémères, on se rende compte qu’on est en train – si ce n’est pas déjà fait – de détruire un écosystème tout entier d’un coin de plage d’une île méditerranéenne. Les locaux finissent par obtenir qu’on arrête de construire et déconstruire dans le coin, et qu’on mette en place un projet de restauration écologique (youhou!!)

Si on veut que l’écosystème revienne à son état de départ, il va falloir enlever tout ce qu’on avait rajouté (nos dalles de béton, pilotis et ombrières), mais aussi qu’on remette tout ce qu’on avait enlevé (ce n’est que le début, et déjà ça se complique… comment faire si on avait déblayé 3 tonnes de rochers ? Ou enlevé à la pelleteuse 27 mètres cubes de sable ?). Ensuite, il faudrait que les espèces de départ soient encore présentes quelque part, et réussissent TOUTES à se réimplanter au même endroit, en fonctionnant ensemble de la même manière qu’avant… Bref, un TRÈS gros travail en perspective.

Il n’y a pas que l’habitat, il y a aussi la génétique…

Comment ça la génétique ? Hé oui…

Nos activités n’ont pas qu’un impact physique, elles ont bel et bien un impact sur le fonctionnement même des espèces qu’elles dérangent. C’est ce sur quoi a travaillé récemment une équipe internationale menée par des chercheurs de l’Université de Californie à Davis. Plus précisément, ils se sont intéressés aux effets des activités humaines sur la génétique des populations de saumons sauvages pêchés dans les états de Californie, Oregon et Washington.

Peut-être que vous vous rappelez de vos cours de bio du lycée (ou peut être pas…), mais lorsque l’on parle de génétique, on parle de génotype et de phénotype. Le génotype, c’est la composition génétique d’une cellule, le code à l’intérieur. Le phénotype, c’est le trait physique, ou du moins observable, comme par exemple la couleur des yeux, du pelage, ou un comportement particulier. Le phénotype dépend du génotype (même si en vrai, parfois, les conditions environnementales peuvent aussi influer sur le phénotype).

Ici, nos chercheurs ont tenté de faire le lien entre phénotype (le comportement migratoire des saumons) et leur génotype (chromosomes, gènes, allèles, tout ça tout ça…).

Saumons, migration et activité humaine

Si vous êtes déjà tombé sur Histoires Naturelles la nuit sur TF1, vous avez peut-être déjà entr’aperçu un documentaire sur les saumons. Les saumons naissent en rivière, puis partent faire leur vie en haute mer, avant de migrer à nouveau vers leur rivière de naissance, afin de s’y reproduire. Leur migration reproductive donne souvent lieu à de très belles prises de vue où on voit les saumons sauter hors de l’eau par dizaines pour réussir à remonter le courant.

Les saumons Chinook (étudiés par nos chercheurs) ont deux comportements migratoires (2 phénotypes donc !) : ils peuvent arriver en eau douce au printemps ou en automne (en fonction de leur maturité sexuelle notamment).

Pour leur étude, nos chercheurs ont étudié les saumons sauvages de la rivière Rogue, dans l’Oregon (oui Rogue, comme dans Harry Potter…). En 1977, on y a construit le barrage de Lost Creek. Avant sa construction, les saumons revenaient presque exclusivement s’y reproduire au printemps. Dans les années 2000, le nombre de reproducteurs printaniers avait chuté drastiquement, associé à une augmentation du nombre de reproducteurs automnaux. Même si le barrage est situé en amont de leur zone de reproduction, les changements de débit et de températures occasionnés par sa construction ont eu un effet direct sur le comportement des saumons !

Inrestaurable ?

Nos chercheurs ont cherché plus loin : il sont allés observer un endroit très particulier sur l’un des chromosomes de ces saumons, un endroit mis en évidence par le passé comme portant l’information génétique liée au comportement de migration (oui, rien que ça c’est foufou !).

Et ils se sont rendus compte que le comportement n’était pas la seule chose qui avait changé ! La fréquence de la version « printemps » du gène associé à la migration est également en chute libre. Ce qui veut dire qu’à terme, cette version du gène pourrait disparaître chez ces saumons, qui deviendraient alors tout des migrateurs d’automne, et qui ne pourraient plus jamais redevenir des migrateurs de printemps (= adieu restauration…).

Dans ce cas là, vous auriez beau raser le barrage, ré-inonder toute la région, et laisser les saumons faire leur vie, cet écosystème ne pourrait jamais revenir à son état de départ, avec des saumons qui arrivent pour s’y reproduire au printemps…

Bon, pour l’instant, on ne l’a démontré que sur les saumons, mais si on se retrouve à flinguer le potentiel génétique de toutes les espèces à s’adapter pour retrouver leur état original, on aura beau faire des projets de restauration, ça va pas être simple…

 

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